Spinneys condamné à verser près de 80 000 dollars à ses ex-employés



Samir Tawk, Milad Barakat et Élie Abi Hanna avaient porté plainte contre leur ancien employeur, l’accusant de les avoir licenciés en raison de la création d’un syndicat.

C’est un verdict qui fera sans doute jurisprudence ! La justice a condamné Gray Mackenzie Retail Lebanon SAL (chaîne des supermarchés Spinneys au Liban et en Syrie) et son directeur exécutif Michael Wright dans l’affaire qui les opposait à trois de leurs employés licenciés, en se référant à l’article 329 du code pénal qui qualifie de délit le fait d’interdire à tout citoyen d’exercer son droit civil. Il y a six ans, Samir Tawk, Milad Barakat et Élie Abi Hanna avaient porté plainte contre leur ancien employeur pour atteinte à leur liberté d’association, l’accusant de les avoir licenciés en raison de la création d’un syndicat propre aux travailleurs de Spinneys. La juge Roula Sfeir a condamné Michael Wright à un mois d’emprisonnement et à verser, avec Gray Mackenzie Retail Lebanon SAL, 40 millions de livres (environ 26 500 dollars) de dédommagements à chacun des trois plaignants. Si la moitié de ces montants sont versés d’ici à deux mois, cela suspendra l’exécution de la peine de prison. La société a fait appel de cette décision.

L’ancien ministre du Travail Charbel Nahas, qui a accompagné les employés licenciés tout au long de ce feuilleton juridique, s’est félicité auprès de L’Orient-Le Jour du verdict. « Dans ce contexte de crise économique, où il sera nécessaire de défendre les droits des travailleurs, ce jugement doit être évalué à la nécessité urgente de créer de vrais syndicats. Car les syndicats existants ne sont pas indépendants, et ont été créés par des leaders politiques afin de répondre à des intérêts autres que ceux des travailleurs », a-t-il souligné. Contacté par L’Orient-Le Jour, la direction de Gray Mackenzie Retail Lebanon SAL n’était pas joignable dans l’immédiat pourcommenter cette décision.

L’affaire remonte au printemps 2012. La chaîne de supermarchés Spinneys emploie quelque 1 600 personnes au Liban (ils sont aujourd’hui près de 2 000), avec des statuts très différents. « Tous ces travailleurs auraient normalement dû bénéficier d’une hausse de 65 % des salaires pour le secteur privé, votée pour la première fois depuis 1995, et qui est entrée en vigueur le 1er février 2012. Or la direction de Spinneys leur assurait à ce moment-là qu’ils n’étaient pas concernés par cette hausse », rappelle Charbel Nahas. Trois mois plus tard, une centaine de salariés adressent une pétition à la direction de la société, pour protester contre la non-application de cette hausse des salaires. « Des pressions et intimidations de toutes sortes ne tardent pas à s’abattre sur les signataires de cette pétition. Samir Tawk, un des trois plaignants et qui était à l’origine de la pétition, est muté du jour au lendemain de Dbayé à Saïda. Il sera ensuite licencié pour avoir refusé cette mutation », se souvient Charbel Nahas. À cette période, Michael Wright affirmera à L’Orient-Le Jour que l’employé avait été « transféré pour prêter main-forte aux équipes de Saïda pendant le seul mois de ramadan ». Face à ce climat de tensions, beaucoup d’employés finissent par abandonner leurs revendications, « car forcés par la direction à revenir sur la signature de la pétition mais quelques obstinés s’accrochent et c’est alors que débute une longue bataille pour la création d’un syndicat propre aux travailleurs de Spinneys », affirme Charbel Nahas.

« Les pressions s’accentuent et, en août, une nouvelle fois, des centaines d’employés sont forcés par la direction de Spinneys à signer un document attestant leur retrait du syndicat et l’un des membres fondateurs du syndicat, Milad Barakat, est licencié », poursuit-il. Michael Wright estime alors que la colère des employés à l’initiative du syndicat est due à une « politisation de la part de Charbel Nahas ». Face à cette situation, la juge des référés de Beyrouth, Zalfa el-Hassan, publie une décision qui empêche la société de licencier tout membre fondateur du syndicat des employés de la chaîne jusqu’à ce que le ministère du Travail approuve officiellement la formation de ce syndicat. Spinneys finira par revaloriser dans un premier temps le salaire minimum, avant de procéder à une revalorisation rétroactive des autres salaires.

À noter que le groupe dubaïote Abraj, propriétaire de l’enseigne, a cédé l’an dernier la majorité de ses parts au sein de Gray Mackenzie Retail Lebanon à un groupe d’investisseurs libanais, conduits par l’homme d’affaires tripolitain Hassan Ezzeddine.

lorientlejour



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